Les trésors de l’Est de Hokkaido
Les trésors de l’Est de Hokkaido

Les trésors de l’Est de Hokkaido

La région de Hokkaido, c’est le Japon des grands espaces. Des routes longues, des champs interminables et une nature qui prend souvent le dessus sur tout le reste. Dans la partie Est de l’île, cette impression est encore plus forte : volcans actifs, lacs de cratère, sources chaudes et côtes sauvages composent des paysages qui changent drastiquement au fil des saisons. Moins dense et plus étendue, cette partie de l’île dévoile une autre facette du Japon, entre villages thermaux, cascades et paysages où l’on a parfois l’impression d’être au bout du pays. Aujourd’hui, je vous emmène découvrir quelques-uns des trésors de l’Est de Hokkaido durant la saison verte !

Abashiri Kangoku, le musée de la prison

Abashiri est une petite ville du nord-est de Hokkaido, surtout connue pour son ancienne prison Abashiri Kangoku. L’établissement fonctionne toujours aujourd’hui, mais dans des bâtiments modernes situés ailleurs dans la ville. Les anciens bâtiments en bois, eux, ont été déplacés puis regroupés pour former un musée, où l’on peut librement visiter les anciennes cellules, le quartier disciplinaire ou encore les bureaux administratifs. Le lieu est devenu au fil du temps une véritable attraction touristique, notamment après le succès du film Abashiri Bangaichi dans les années 1960. À l’intérieur, des mannequins grandeur nature donnent à voir le quotidien des prisonniers : travaux forcés, vie dans des cellules exiguës et hivers rudes face à la mer d’Okhotsk. Grâce à cette mise en scène et aux nombreuses explications (souvent traduites en anglais), on comprend qu’ils ont été contraints de participer au développement de Hokkaido en étant mobilisés pour la construction de la route entre Asahikawa et Abashiri, dans des conditions éprouvantes qui ont coûté la vie à nombre d’entre eux. Après la visite, on peut même faire une pause à la cantine du musée de la prison ! On y sert un repas inspiré de celui proposé aujourd’hui encore aux détenus de la prison d’Abashiri.

À une quinzaine de minutes de là, le ryokan Kagariya offre un contraste total. Installé au bord du lac Notoro, cet établissement familial accueille ses hôtes avec chaleur et simplicité. Le dîner met notamment à l’honneur le poisson kinki, mijoté doucement à la sauce soja, dont la chair fondante est réputée. Le onsen, privatif, utilise une eau chauffée filtrée à travers une pierre minérale appelée komyo-seki, réputée pour favoriser la détente. Une belle auberge à d’Abashiri, proche de l’aéroport de Memanbetsu !

Sakura no Taki et Kami no Ko Ike

À 1 heure de route d’Abashiri, après avoir traversé des champs, puis une forêt dense, la cascade Sakura no Taki se trouve au bout d’un chemin qui semble totalement perdu. Mesurant à peine 3 mètres de haut, cette chute n’a rien d’impressionnant à première vue, mais entre début juin et fin août, on assiste à un spectacle naturel unique : des sakuramasu, les fameux saumons-cerise, remontent la rivière et tentent de franchir la chute pour atteindre les eaux en amont où ils viennent frayer. Les poissons bondissent hors du courant, retombent, puis recommencent inlassablement. Peu réussissent à passer, mais le mouvement constant des poissons est fascinant à voir.

Juste à côté, à moins de 15 minutes de route, l’étang Kami no Ko Ike invite à se perdre au milieu des arbres. Ce petit bassin circulaire n’impressionne pas par sa taille, mais par la clarté de son eau. On distingue facilement les troncs couchés au fond, restés intactes depuis des décennies grâce à une eau glaciale qui tourne autour de 8°C toute l’année. La source jaillit en continu et renouvelle sans cesse le bassin. L’eau provient en fait de nappes souterraines liées au massif volcanique voisin. Mais autrefois, les habitants pensaient qu’elle venait directement du lac Mashu, considéré comme sacré, donnant naissance au nom poétique de Kami no Ko Ike, l’étang de l’enfant des dieux. Selon la lumière, le bleu change légèrement, parfois limpide, parfois plus profond, tandis que de petites truites nagent lentement entre les branches blanchies. À côté de l’étang, un petit autel shinto rappelle que le lieu conserve une dimension spirituelle.

Les onsen sauvages du lac Kussharo

Toujours dans la même zone, à environ 30 minutes de route de Sakura no Taki, le lac Kussharo est clairement l’un de mes coins préférés sur Hokkaido. Les paysages sont somptueux, et on profite de plusieurs onsen sauvages accessibles directement sur les rives, offrant des bains simples et ouverts sur le paysage, alimentés naturellement par l’activité géothermique du lac :

  • Sunayu Onsen, une plage du lac Kussharo où il suffit de creuser quelques centimètres pour faire apparaître de l’eau chaude naturelle. En quelques gestes, on peut se fabriquer un ashiyu, un bain de pieds naturel au bord du lac. En hiver, la zone attire des cygnes venus de Sibérie, qui profitent eux aussi des eaux qui ne gèlent pas en nageant souvent tout près du rivage.
  • Ike no Yu Onsen, un grand bain situé sur la rive est du lac qui propose une expérience sauvage. Le bassin, creusé directement dans le sol, est alimenté par les résurgences chaudes du lac Kussharo et fait face au lac, avec l’île Nakajima en ligne de mire. L’accès est libre, gratuit et mixte, avec quelques cabanes en bois pour se changer. Les Ainu utilisaient autrefois cette eau soufrée pour ramollir des fibres végétales avant de les tisser.
  • Kotan Onsen, un magnifique bain extérieur mixte avec un petit bassin de pierre aménagé par des bénévoles, presque au niveau de l’eau. On s’y glisse avec la sensation d’être directement dans le lac. Le matin, la surface est souvent très calme, et le soir, la lumière transforme complètement l’ambiance. En hiver, les cygnes migrateurs s’en approchent régulièrement. Le lieu est accessible jour et nuit, avec quelques vestiaires en bois très simples.

Le village thermal de Kawayu Onsen

Juste à côté du lac Kussharo, on trouve Kawayu Onsen, un petit village thermal niché au cœur du parc national d’Akan-Mashu. L’odeur de soufre se remarque immédiatement : ici, tout vient du mont Iozan, un volcan encore actif dont les eaux alimentent le village. Le résultat, ce sont des sources chaudes parmi les plus acides du Japon, avec une eau qui picote légèrement la peau mais laisse une sensation de fraîcheur après le bain.

  • Le mont Iozan se trouve à quelques minutes du village. Son nom ainu, Atosanupuri, signifie « montagne nue ». Les fumerolles jaillissent du sol dans un paysage jaune de soufre, et on peut s’approcher assez près des évents grâce à un sentier aménagé. Le site a longtemps été exploité pour l’extraction du soufre, un élément qui a participé au développement de Kawayu Onsen et de toute la région.
  • Le ryokan Kawayu Daiichi Hotel Suikazura fait partie des grandes adresses du village pour profiter des bains thermaux soufrés. L’ambiance est classe et élégante, avec des espaces inspirés des forêts d’Ezo-Matsu.
  • Le restaurant Miraku Sushi est une petite adresse sans chichi où l’on vient déguster du poisson frais. Grâce à sa position entre la mer d’Okhotsk et la côte de Kushiro, le restaurant propose des produits venant des deux zones de pêche, servis avec un riz préparé à partir de l’eau souterraine du lac Mashu. Une belle halte pour terminer la journée.

Le lac Mashu

Tout proche des sources de Kawayu Onsen, on accède à un autre décor volcanique : le lac Mashu. Ce lac de caldeira est connu pour la pureté exceptionnelle de son eau, qui a autrefois battu des records mondiaux de transparence. Pourtant, il ne se laisse pas toujours voir facilement. Le brouillard est fréquent, surtout en été, au point qu’une légende locale affirme que le voir parfaitement dégagé porterait chance pour la vie.

Quand le ciel se dégage, le spectacle est saisissant : un immense miroir bleu encaissé dans une caldeira abrupte, sans village ni sentier autour, préservé de toute construction. Seule l’île volcanique de Kamui-shu émerge à la surface. On peut admirer le lac depuis plusieurs points de vue, notamment l’observatoire n°1, le plus prisé, qui compte également une boutique et quelques vendeurs de produits locaux, ou l’observatoire n°3, plus calme et impressionnant.

Le lac Akan

À 1 heure de route du lac Kussharo, le lac Akan marque un changement d’ambiance. Ici, les rives ne sont pas désertes : un village thermal s’étend au bord de l’eau, avec des ryokan et une vie locale bien présente. Entre nature volcanique et culture vivante, le lac se découvre autant pour ses paysages que pour la culture Ainu qui s’y transmet encore aujourd’hui.

  • Ainu Kotan constitue l’un des plus grands villages Ainu de Hokkaido, mais aussi un lieu largement organisé autour du tourisme. On y trouve des boutiques d’artisanat, des restaurants et plusieurs espaces culturels, le tout structuré comme un petit village. Environ 120 personnes y habitent encore et participent à faire vivre cette culture au quotidien. Le village s’appuie sur une idée importante dans la tradition Ainu : le chiffre 6, qui symbolise l’abondance et se retrouve dans différentes expériences proposées sur place autour de la transmission, de l’artisanat ou du lien à la nature. Le théâtre Ikor permet aussi d’assister à des danses traditionnelles ou à des créations plus contemporaines.
  • Les marimo du lac Akan sont ces fameuses boules d’algues vertes qui se développent dans les eaux froides. Longtemps ramassées ou abîmées, elles sont aujourd’hui protégées et font partie des symboles du lac. Pour les observer sans déranger leur environnement, on peut visiter le Marimo Exhibition Center sur l’île Churui, accessible en bateau. Les sentiers autour du lac permettent aussi de marcher jusqu’à Bokke, une zone où le sol fume encore par endroits en raison de l’activité volcanique.
  • Kamuy Lumina est une animation qui propose un parcours nocturne immersif dans la forêt du lac Akan. On avance avec un bâton lumineux qui interagit avec les sons et les projections, le long d’un chemin d’un peu plus d’un kilomètre. L’histoire s’inspire de l’univers spirituel Ainu, avec notamment la figure du hibou protecteur. La balade dure environ 50 minutes. Une façon originale de redécouvrir le lac une fois la nuit tombée.
  • Le ryokan Akan Yuku no Sato Tsuruga est l’une des grandes adresses du coin pour passer la nuit. L’hôtel est plutôt moderne, avec de grands espaces tournés vers le lac, et quelques touches inspirées de la culture Ainu dans la décoration et les œuvres exposées. Les bains sont nombreux, et on profite d’un beau rotenburo. Côté repas, on retrouve les produits de l’est de Hokkaido à travers un buffet généreux ou un dîner japonais selon la formule choisie.

Les sources isolées de Kanno Onsen

En remontant vers le centre de Hokkaido, la route devient de plus en plus discrète et s’enfonce dans la forêt. On a vraiment la sensation de s’éloigner de tout avant d’arriver au ryokan Kanno Onsen, une auberge isolée au cœur des montagnes. L’endroit existe depuis plus d’un siècle, a connu une longue fermeture avant de rouvrir en gardant ce côté hors du temps. Plusieurs sources différentes alimentent les bains, chacun avec sa couleur et son caractère. On passe simplement d’un bassin à l’autre, entouré par le silence de la montagne et le bruit constant de l’eau chaude qui circule dans le bâtiment. Ici, on vient surtout pour ralentir et profiter du calme. Les chambres sont clairement anodines, dans le style d’un hôtel économique classique, mais on apprécie surtout les onsen rustiques et la gentillesse du personnel.

Plus bas, la ville de Kamishihoro constitue une petite étape agréable sur la route pour se restaurer, car on y trouve plusieurs bonnes adresses, avec notamment le restaurant Katsuyuki et son fameux katsudon au couvercle impossible à fermer. La côtelette de porc de Tokachi, épaisse et généreuse, dépasse largement du bol, croustillante à l’extérieur et moelleuse à l’intérieur. Pour le dessert, les excellentes glaces de Dream Dolce sont incontournables dans le coin, confectionnées avec du lait cru bien frais provenant de la ferme de la boutique.

Farm Tomita, les champs de fleurs colorés

Installée à Furano depuis 1903, Farm Tomita est une ferme familiale devenue l’un des lieux touristiques les plus prisés de tout Hokkaido. La lavande y est cultivée depuis la fin des années 1950. Aujourd’hui, c’est l’image carte postale de Furano : en juillet, les champs de lavande se couvrent d’un violet intense avec la chaîne de montagnes en arrière-plan. Mais la lavande n’est qu’une partie du décor : plus bas, les champs alternent bandes rouges, jaunes et roses selon la saison : tulipes au printemps, cosmos en fin d’été, et même des chrysanthèmes qui prolongent les couleurs jusqu’en fin d’automne. On peut aussi visiter les serres pour voir la lavande hors saison, ou passer par la petite distillerie où l’huile essentielle est produite. Sur place, on trouve des cafés et des boutiques, avec la fameuse glace à la lavande, le melon de Furano vendu en tranches, ou encore quelques douceurs parfumées à la fleur.

L’accès est gratuit, ce qui attire beaucoup de monde en été, surtout quand la floraison atteint son pic. Le mieux est d’arriver tôt le matin ou en fin d’après-midi, quand la lumière devient plus douce et que les collines prennent des teintes dorées. Même sans être particulièrement passionné par les fleurs, c’est difficile de rester indifférent devant ces collines colorées qui résument à elles seules l’été à Hokkaido.

Shirogane Aoi Ike, l’étang bleu

L’étang Shirogane Aoi Ike s’est fait connaître bien au-delà du Japon quand une photo du lieu a été utilisée par Apple comme fond d’écran en 2012. L’eau y prend une couleur bleu turquoise qui varie selon la lumière, parfois plus laiteuse, parfois plus émeraude. Cette teinte vient du mélange de plusieurs rivières chargées en minéraux, dont les particules diffusent la lumière et donnent cet aspect irréel. Les troncs blanchis qui émergent de la surface renforcent encore l’étrangeté du paysage. À l’origine, l’étang s’est formé après des travaux de protection contre les coulées volcaniques du mont Tokachidake. Le site est assez simple et lisible, avec un sentier qui longe la rive et quelques plateformes d’observation. L’accès est libre, et l’étang est illuminé en hiver, ce qui change complètement l’ambiance. Un peu plus haut coule la rivière Shirahige, visible depuis le pont, dont l’eau minéralisée participe justement à la couleur de l’étang. Le secteur peut être très fréquenté en milieu de journée, surtout en été, donc mieux vaut venir tôt le matin ou en fin d’après-midi pour profiter d’un peu plus de calme.

À quelques minutes de route au-dessus de l’étang, un petit sentier mène à Fukiage Roten no Yu, l’un des onsen les plus célèbres de Hokkaido. Ici, pas de bâtiment ni de billetterie : seulement deux bassins en pierre alimentés directement par la source chaude. Le bain est gratuit, mixte et entièrement en plein air, avec une simple cabane servant de vestiaire. L’endroit est connu depuis longtemps des habitués des onsen et a été popularisé par la série Kitano Kuni Kara, tournée à Hokkaido. En été, on y vient après une randonnée, tandis qu’en hiver, certains y accèdent en raquettes pour profiter d’un bain chaud au milieu de la neige. L’ensemble est très brut et sauvage, mais peut être assez fréquenté.

C’est ainsi que s’achève ce tour d’horizon des trésors de l’est de Hokkaido. J’espère que cet article vous aura donné envie d’explorer cette région encore sauvage et pleine de surprises. Pour poursuivre la découverte de Hokkaido, n’hésitez pas à lire mes autres articles sur les endroits à voir à Hakodate et sur Noboribetsu Onsen, les enfers de Hokkaido !

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