Dondoyaki, le rituel du feu du Nouvel An
Dondoyaki, le rituel du feu du Nouvel An

Dondoyaki, le rituel du feu du Nouvel An

Après le monde qui afflue dans les temples, sanctuaires et centres commerciaux durant les premiers jours de l’année, les festivités liées au Nouvel An japonais se poursuivent dans les semaines qui suivent, mais de manière plus symbolique. Autour du 15 janvier, le Koshogatsu est le Petit Nouvel An, une célébration discrète et rituelle qui s’accompagnent de différentes pratiques. Parmi elles, le Dondoyaki est un grand feu rituel où l’on brûle décorations et amulettes de l’année écoulée. Les flammes sont alors censées accompagner le retour vers le ciel de Toshigami, la divinité de la nouvelle année Une manière symbolique d’entrer pleinement dans la nouvelle année.

Dondoyaki, le feu du Nouvel An au Japon

Célébré au milieu du mois de janvier, Dondoyaki est un rituel du feu qui se tient généralement dans l’enceinte d’un sanctuaire, parfois sur une plage ou dans une clairière. On y dresse un grand bûcher conique composé de bambous, de paille et de branchages, sur lequel sont déposées les décorations du Nouvel An de l’année précédente : kadomatsu placés devant les maisons, shimekazari suspendus aux entrées, kagami mochi disposés dans les pièces de la maison, ainsi que les amulettes, talismans et figurines daruma de l’année écoulée. Ces objets, investis d’une dimension spirituelle, ne peuvent être jetés comme de simples déchets une fois le Nouvel An terminé. Leur destruction passe nécessairement par un feu rituel, seul moyen de s’en séparer correctement et d’éviter de s’attirer des malheurs.

Les habitants viennent ainsi apporter leurs offrandes au brasier, parfois accompagnées du son de taiko. Le feu et la fumée purifient l’espace rituel en consumant les impuretés de l’année passée et permettent à Toshigami, la divinité du Nouvel An, de se retirer symboliquement avec la fumée du brasier. En parallèle, on prie pour la prospérité de l’année à venir : la vigueur et la hauteur des flammes sont interprétées comme un présage favorable pour les récoltes ou la réussite des mois à venir. Dans de nombreuses régions, le Dondoyaki est l’occasion de brûler le kakizome, la première calligraphie de l’année. Si la feuille s’embrase vivement et s’élève haut dans le feu, on dit que l’écriture s’améliorera et que la sagesse accompagnera celui ou celle qui l’a tracée.

Une fois le feu apaisé, il est d’usage de faire griller sur les braises quelques mochi ou dango et de les partager, car manger ces gâteaux purifiés par le feu sacré garantirait santé et longue vie. Parfois, on fait également rôtir une mikan (agrume japonais) ou du surume (calmar séché). Enfin, chacun peut recueillir un peu de cendre du bûcher : les répandre dans les champs apporterait fertilité à la terre, et en disperser autour de sa maison permettrait d’éloigner les maladies pour toute l’année.

Le rituel Dondoyaki trouve son origine dans un ancien usage aristocratique pratiqué a la cour impériale dès l’époque de Heian (794-1185), où l’on brûlait les ornements du Nouvel An lors d’un feu cérémoniel. Ce rite de cour, alors connu sous le nom de Sagicho, s’est progressivement diffusé parmi la population. Il fut interdit pendant un temps à Edo par crainte des incendies, avant de s’ancrer durablement dans les pratiques populaires. Aujourd’hui encore, malgré les variantes locales, le principe fondamental reste le même partout au Japon : brûler les décorations du Nouvel An pour purifier le foyer, se prémunir des influences néfastes et refermer symboliquement le cycle de l’année écoulée.

Où voir un Dondoyaki ?

De nombreux sanctuaires mais aussi certaines plages organisent chaque année des rituels du feu pour le Nouvel An. Voici une petite sélection de 10 événements de Dondoyaki où se réchauffer au cœur de l’hiver japonais.

  • 7 janvier : Nanakusa Hitaki Matsuri à Tokyo
    Perché sur une colline, le sanctuaire Nanakusa-jinja organise un grand Dondoyaki à partir de 11h. Les anciens talismans sont brûlés et les fidèles reçoivent un bol de bouillie aux sept herbes, symbole de santé et de renouveau.
  • 7 janvier : Oniyo à Kurume (préfecture de Fukuoka)
    Un festival du feu très impressionnant : six immenses torches de 13  mètres de long défilent en procession au Sanctuaire Daizenji Tamataregu. Le public les touche au passage pour éloigner maladies et malchance.
  • 8 janvier : Tondoyaki à Tokyo
    En plein cœur de Tokyo, le sanctuaire Torigoe-jinja voit habitants et fidèles brûler ensemble les décorations du Nouvel An dans un grand feu purificateur.
  • 14 janvier : Dontosai à Sendai (préfecture de Miyagi)
    Ce festival, vieux de plus de 300 ans, érige un bûcher gigantesque dans plusieurs sanctuaires de la ville de Sendai, le plus célèbre étant le sanctuaire Osaki Hachiman-gu. Des milliers de personnes viennent en admirer les flammes et se réchauffer autour du feu sacré.
  • 15 janvier : Sagicho Shinji à Kamakura (préfecture de Kanagawa)
    Au bord de l’étang Genji du sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu, un feu sacré s’allume dans un cadre pittoresque. Des prières accompagnent les flammes pour assurer de bonnes récoltes et la santé de tous.
  • 15 janvier : Dondoyaki de Masumida-jinja à Ichinomiya (préfecture d’Aichi)
    Le 15 janvier, le sanctuaire brûle les shimenawa usagés. Ensuite, on récupère des mochi grillés sur les braises, censés porter chance pour l’année à venir.
  • 15 janvier : Nozawa Dosojin Matsuri à Nozawa Onsen (préfecture de Nagano)
    Un festival nocturne époustouflant qui se tient chaque année depuis 1863. Il oppose des hommes de 25 et 42 ans (âges considérés comme malchanceux) dans une bataille enflammée pour repousser les mauvais esprits et s’attirer chance et santé pour l’année à venir.
  • 15 janvier : Tondo Matsuri à Hiroshima (préfecture de Hiroshima)
    Dans la ville de Hiroshima, le sanctuaire Gokoku-jinja voit habitants et visiteurs venir jeter leurs amulettes dans le feu sacré. Le rituel se déroule au son des chants traditionnels, renforçant l’atmosphère solennelle.
  • Mi-janvier : Oiso no Sagicho à Oiso (préfecture de Kanagawa)
    9 grands bûchers (de 7 à 8 mètres de haut) s’allument simultanément sur la plage d’Oiso Kitahama, offrant un spectacle nocturne impressionnant. Sur les braises encore chaudes, on fait griller des mochi ou du poisson séché pour s’attirer santé et prospérité.
  • 4e dimanche de janvier : Morozaki Sagicho Matsuri à Minamichita (préfecture d’Aichi)
    De jeunes hommes en costume traditionnel brandissent d’immenses drapeaux de plus de 10 mètres avant de les jeter dans le brasier. Une fois les flammes retombées, tout le monde grille des mochi sur les braises pour s’assurer santé et vigueur tout au long de l’année.

J’espère que cet article vous aura réchauffé le cœur et donné envie de faire un détour dans l’un de ces festivals si vous êtes au Japon en janvier ! Pour continuer les découvertes à cette période de l’année, n’hésitez pas à consulter mes autres articles sur les festivals Toka Ebisu ou bien sur Usokae, le rituel qui éloigne les mensonges.

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