Dewa Sanzan, les 3 monts sacrés de Yamagata
À l’Ouest de la préfecture de Yamagata, les trois montagnes sacrées de Dewa Sanzan forment l’un des hauts lieux spirituels du Japon. Ce trio de sommets – Haguro, Gassan et Yudono – attire depuis plus de 1400 ans des ascètes appelés yamabushi, venus s’y entraîner pour renforcer leur discipline et leur force spirituelle. Le site propose de très beaux itinéraires de marche, qui permettent de ressentir cette dimension sacrée tout en traversant des paysages très variés. Haguro, point de départ du pèlerinage, est facilement accessible à 30 minutes de bus du centre de Tsuruoka. Aujourd’hui, je vous propose donc de découvrir Dewa Sanzan, un parcours spirituel au cœur de la région du Tohoku.
Le pèlerinage de Dewa Sanzan



Le pèlerinage de Dewa Sanzan est un cheminement spirituel toujours en activité, enraciné dans plus de 14 siècles de pratiques religieuses. Chacune des trois montagnes incarne un temps de la vie , et leur ascension suit donc un ordre précis : d’abord le mont Haguro, symbolisant la naissance, puis le mont Gassan, représentant la mort, et enfin le mont Yudono, figurant la renaissance.
Ce pèlerinage est intimement lié au shugendo, une voie ascétique propre au Japon qui mêle bouddhisme et shinto et place la relation à la nature au cœur de la pratique. Les yamabushi, ces ermites montagnards combattants reconnaissables à leur tenue blanche et leur conque rituelle, parcourent encore aujourd’hui les sentiers en quête de transformation intérieure. Par la marche, les épreuves physiques, la méditation l’alimentation végétarienne et les rites de purification, ils cherchent à transcender les limites du corps pour atteindre une forme d’éveil.
Le mont Haguro



Le plus petit (414 mètres) et le plus accessible des trois, le mont Haguro est la porte d’entrée du pèlerinage de Dewa Sanzan. C’est aussi le seul mont ouvert toute l’année, contrairement à Gassan et Yudono qui ferment en hiver. Depuis la gare de Tsuruoka, on y accède facilement en bus. Moins haut ne veut pas dire moins impressionnant : Haguro est sans doute la montagne la plus emblématique et la plus photogénique des trois. La randonnée y est splendide, offrant une balade au milieu d’une forêt de cèdres classée monument naturel, rythmée par 2446 marches de pierre et ponctuée de plusieurs sites remarquables le long du parcours.
- La pagode Hagurosan Gojunoto, au bas des marches du mont Haguro, est l’un des symboles les plus connus de Dewa Sanzan. Haute d’environ 29 mètres, la structure actuelle date de 1369, après la reconstruction d’un édifice plus ancien. Classée Trésor national du Japon, cette pagode en bois se dresse au milieu de la forêt de cèdres et marque le début du pèlerinage vers le sommet.
- Le temple Gyokusen-ji est un monastère zen fondé en 1251. Il est surtout connu pour son jardin paysager, organisé autour d’un grand étang et de petits cours d’eau. C’est un lieu calme, souvent visité avant d’entamer l’ascension du mont Haguro. En dehors de la saison hivernale, on peut déguster un bon matcha au cœur de son jardin japonais.
- Le sanctuaire Ideha-jinja, au sommet, marque l’arrivée. C’est ici que sont réunis les trois kami des montagnes de Dewa Sanzan. Son bâtiment principal est reconnaissable à son immense toit de chaume, l’un des plus grands du Japon. Les pèlerins viennent prier après avoir parcouru les marches du mont Haguro et accompli leur purification.
- Les shukubo, en bas de la montagne, sont des auberges de pèlerins liées à la tradition du shugendo. Ces établissements sont des temples ou sanctuaires qui proposent un hébergement simple, des repas végétariens traditionnels et, pour certains, des bains alimentés par des sources locales. L’auberge Miyatabo, par exemple, fait partie de ces adresses historiques où l’on peut passer la nuit dans un cadre authentique, en lien direct avec les rituels et le rythme du pèlerinage.
Le mont Yudono


À 1500 mètres d’altitude, le mont Yudono n’ouvre que du 1er juin au 3 novembre chaque année, une fois les routes de montagne dégagées. Il occupe une place à part dans le pèlerinage de Dewa Sanzan, car il est considéré comme le sommet le plus sacré du parcours. Contrairement aux autres montagnes, on n’y trouve pas de grand bâtiment de sanctuaire visible : le lieu de culte est directement lié à la montagne elle-même.
- Le sanctuaire Yudonosan-jinja s’organise autour d’un rocher vénéré accueillant la présence d’un kami. La visite y obéit à des règles strictes : la photographie est interdite, et on retire ses chaussures avant d’accéder aux zones considérées comme sacrées afin de marquer la séparation avec le monde ordinaire. Les visiteurs sont également invités à ne pas divulguer ce qu’ils ont vu ou entendu dans l’enceinte du sanctuaire, afin d’en préserver le caractère intime.
- Le temple Dainichibo abrite quant à lui un sokushinbutsu, le corps momifié d’un moine mort en méditation en 1783, à l’âge de 96 ans. Il est interdit de le photographier, mais on peut l’observer directement. La momie, remarquablement bien conservée, est saisissante : le visage émacié du moine, figé dans la posture de la méditation, a quelque chose de profondément troublant.
- Le temple Churen-ji abrite aussi un sokushinbutsu célèbre : celui d’un ancien paysan devenu moine, qui a accompli la méditation ultime en 1829. Autour du bâtiment, des abris protègent sa statue intérieure. Ce temple est moins visité que Dainichibo, mais a pourtant beaucoup de charme.
- La station de ski de Yudonosan est un petit domaine familial perché à 700 mètres d’altitude. Elle ouvre durant la saison du ski. On y trouve deux télésièges, quelques pistes plutôt douces adaptées aux débutants, et un half-pipe réputé qui attire les riders de la région. Les chutes de neige peuvent y être impressionnantes, parfois jusqu’à 4 à 5 mètres sur la saison. Un télésiège permet aussi d’aborder une randonnée vers le mont Yudono : lorsque la météo et l’enneigement le permettent, il est possible de rejoindre les hauteurs du massif en une à deux heures de montée depuis la station. L’ambiance est conviviale, loin des grosses usines à ski.
Le mont Gassan


Le mont Gassan culmine à 1984 mètres. Ouvert du 1er juillet au 23 septembre chaque année, ce massif contraste fortement avec les deux autres montagnes, avec ses plateaux d’altitude, ses zones humides, ses fleurs alpines et ses forêts de conifères. Pour accéder au sommet, on rejoint la 8e station (Gassan Hachigome) en bus, puis on suit le sentier Haguro : une marche d’environ 2h30 pour près de 500 mètres de dénivelé. L’itinéraire traverse notamment les tourbières de Midagahara, un marais sacré protégé. Par temps clair, la vue s’ouvre largement sur la mer du Japon et les crêtes de Gassan, et plusieurs sites importants se répartissent ensuite autour du sommet et sur les pentes du massif.
- Le sanctuaire Gassan-jinja est dédié à Tsukuyomi-no-Mikoto, divinité liée à la lune et à l’au-delà. C’est un lieu de culte ancien et important dans la tradition des trois montagnes, autrefois classé sanctuaire national de premier rang. La photographie y est interdite.
- La station de ski de Gassan, ouverte d’avril à juillet, propose des pistes à 1600 mètres d’altitude, permettant d’avoir encore de la neige quand ailleurs tout a déjà fondu. Les télésièges desservent de larges pistes dans une ambiance assez unique, où l’on glisse entouré de pentes déjà verdoyantes.
- Le village thermal de Shizu Onsen, au pied de Gassan, a longtemps servi de relais aux pèlerins. C’est aujourd’hui un petit village à onsen au caractère bien préservé, avec plusieurs auberges traditionnelles, comme par exemple le ryokan Ochimizu no Yu Tsutaya, fondé en 1930. Ses bains en bois de cyprès, ouverts sur la montagne, sont très agréables. En fin de saison, généralement entre fin janvier et fin février, le village accueille le festival Yuki Hatago no Hikari, au cours duquel des structures en neige reproduisant les anciennes auberges de pèlerins d’autrefois sont installées et éclairées par des centaines de bougies.
Les endroits à voir autour de Dewa Sanzan


La région autour de Dewa Sanzan ne se limite pas aux montagnes elles-mêmes. En prenant un peu de temps pour explorer les environs, on découvre aussi plusieurs villes intéressantes, qui permettent de mieux comprendre l’histoire et la vie locale de la région du Shonai :
- La ville de Tsuruoka, capitale culturelle de la région du Shonai, sert de porte d’entrée à Dewa Sanzan. Elle offre diverses visites, avec le temple Zenpo-ji, fondé à l’époque de Heian (794-1185), plusieurs musées, dont le musée Chido, installé dans une ancienne école de samurai, ainsi que l’aquarium de Kamo, spécialisé dans l’observation des méduses et réputé pour sa grande variété d’espèces. Tout se situe à environ 30 minutes de route du mont Haguro.
- La ville de Sakata, autre grand centre culturel de la région du Shonai, dont la prospérité s’est construite à l’époque d’Edo grâce au commerce du riz et au trafic maritime vers Edo. Elle conserve aujourd’hui les entrepôts historiques de Sankyo, la maison de thé Somaro, où l’on peut rencontrer des maiko, le musée de la photographie Ken Domon, ainsi que des quartiers anciens liés à son passé portuaire, à environ 40 minutes de route de Tsuruoka.
J’espère que cet article vous a permis d’en découvrir plus sur Dewa Sanzan, de belles randonnées dans un cadre spirituel qui en impose. Chaque montagne a son propre rythme : Haguro est accessible toute l’année, tandis que Yudono et Gassan ne sont ouverts qu’à une période précise. Il est donc important de planifier sa visite en fonction des périodes d’ouverture. Pour mieux comprendre la place de la montagne dans la culture japonaise, vous pouvez lire mon article sur Yama no Hi, le jour de la montagne au Japon, ou poursuivre votre découverte du nord du Japon avec le lac Tazawa.









