Tsuwano, la charmante ville historique de Shimane
Nichée au creux d’une vallée dans la préfecture de Shimane, la ville de Tsuwano est une ancienne cité-château fondée au XIVe siècle qui compte aujourd’hui environ 6000 habitants. La ville a su conserver son patrimoine historique, son atmosphère paisible et ses vieilles ruelles aux murs à la chaux et aux canaux où nagent des carpes colorées. Tsuwano se divise en deux quartiers voisins, aux ambiances bien distinctes : l’ancien quartier des samurai, plus résidentiel, bordé de maisons traditionnelles, et le vieux quartier des marchands, où l’on trouve cafés, musées et boutiques. Si elle paraît isolée au cœur des montagnes d’une région peu desservie, Tsuwano est en réalité accessible en 1 heure de train depuis la gare de Shin-Yamaguchi, desservie par le Shinkansen. Surtout, Tsuwano est une ville historique méconnue très accueillante avec les Français, qui font souvent partie des rares voyageurs à venir s’y aventurer.
Le quartier historique de Tonomachi



Avec ses vieilles ruelles pittoresques d’un autre temps, le quartier historique de Tonomachi a gardé fidèlement l’aspect de l’ancienne ville-château. On y trouve encore plusieurs résidences de samurai, des brasseries traditionnelles, des musées et des boutiques installées dans des maisons anciennes. Des canaux creusés à l’époque d’Edo longent la rue : ils servaient à l’irrigation des jardins et faisaient office de réserve d’eau en cas d’incendie. Aujourd’hui, ils sont peuplés de carpes, devenues un symbole de la ville. Le quartier abrite aussi plusieurs bâtiments historiques, comme l’église catholique ou l’ancienne école du domaine. Les charmantes ruelles offrent une véritable plongée dans le temps, et on y trouve plusieurs jolis cafés et commerces qui invitent à ressentir l’atmosphère de la ville en allant au ralenti.
Le centre du patrimoine japonais de Tsuwano



Juste à côté de la rue principale, le centre du patrimoine japonais de Tsuwano est un petit musée gratuit qui présente des illustrations anciennes de la ville, réalisées à la fin de l’époque d’Edo. On peut y boire un thé offert, découvrir quelques objets traditionnels et participer à des ateliers. L’accueil est vraiment chaleureux, et plusieurs membres de l’équipe parlent français. Des visites guidées en français, anglais et japonais sont proposées, et le personnel peut aussi vous aider à réserver certaines activités habituellement difficile d’accès sans parler japonais. C’est le cas d’une expérience autour du thé sencha dans la résidence Fundoya, avec un maître de thé. Il faut en général réserver quelques jours à l’avance, mais une visite guidée de la maison avec dégustation est souvent possible le jour même.
Le sanctuaire Taikodani Inari-jinja



Visite absolument incontournable dans la ville, le sanctuaire Taikodani Inari-jinja a été fondé en 1773 par le seigneur Kamei Norisada pour protéger le domaine de Tsuwano. Il est dédié à Inari, divinité des récoltes et du commerce, et considéré comme l’un des cinq grands sanctuaires Inari du Japon. À l’origine, il était réservé aux seigneurs du domaine et n’a été ouvert au public qu’après la fin de l’époque féodale. On y accède en montant une allée de plus de 1000 torii vermillon qui serpentent à flanc de montagne jusqu’aux hauteurs de la ville. Tout en haut, le bâtiment actuel date de 1969. Le sanctuaire est vraiment magnifique et offre une vue dégagée sur la ville. On y trouve en plus des plaquettes ema très originales : des masques de renard dont on doit colorier les yeux.
Le temple Yomei-ji


Véritable bijou secret méconnu, le temple Yomei-ji est a été fondé en 1420 par le seigneur Yoshimi, alors maître du château de Tsuwano, et servait de temple familial aux différents clans gouverneurs de la ville. À l’époque d’Edo, il supervisait plus de 70 temples dans la région et formait des dizaines de moines. Le bâtiment principal actuel date de 1729. On se déchausse et on déambule librement dans le bâtiment principal pour admirer ses jardins intérieurs. C’est un lieu magnifique qui offre une visite calme et somptueuse tout au long de l’année, même s’il est particulièrement beau durant la saison des azalées au printemps et la période des momiji en automne.
Morijuku Art Museum
Installé dans une maison ancienne reconstruite dans le style des grandes demeures d’autrefois, Morijuku Art Museum présente les œuvres de Nakao Akira, un peintre originaire de Tsuwano, connu pour ses toiles abstraites. On y découvre aussi les œuvres de sa femme, Yoshihara Maya. À l’étage, une petite pièce cache une surprise : par un simple trou dans un volet, le jardin s’y reflète à l’envers, comme dans une camera obscura. L’effet est discret mais magique par beau temps. Le musée est entouré d’un jardin paisible qui participe au charme du lieu.
Les ruines du château de Tsuwano
Construit à la fin du XIIIe siècle sur le mont Reikyu, le château de Tsuwano a été la résidence du seigneur Sakazaki, puis du clan Kamei pendant 11 générations. Il s’agit d’un château de montagne, renforcé à l’époque d’Edo par des enceintes de pierre dans le style défensif, avec des murs hauts et inclinés pour ralentir les assauts. Aujourd’hui, seules les fondations et les murs subsistent.
Aujourd’hui, on accède aux ruines du château de Tsuwano depuis la ville par un trajet en télésiège de 7 minutes, au départ proche du sanctuaire Taikodani Inari-jinja. Attention : le télésiège est fermé de début décembre à fin février. Une fois arrivé en haut, il faut marcher encore une quinzaine de minutes sur un sentier bien aménagé mais assez raide pour atteindre l’esplanade du donjon. De là, le panorama est dégagé sur toute la vallée : les toits de la ville, les montagnes alentour, et parfois même le passage d’un train en contrebas. À l’automne ou tôt le matin, il arrive que la vallée soit recouverte d’une mer de nuages, un phénomène fréquent dans cette région de montagne et vraiment très beau !
Le jardin Hori Teien


À 20 minutes de route ou de bus du centre de Tsuwano, le jardin Hori Teien est un lieu totalement méconnu qui s’étend pourtant sur plus de 6 hectares et réunit 4 jardins aménagés entre l’époque d’Edo et le début du XXe siècle, chacun avec un style différent. Le jardin principal remonte à l’époque d’Edo (1603-1868), tandis que le pavillon Rakuzanso et son jardin datent de l’ère Meiji (1868-1912). Un troisième jardin, Warakuen, a été créé à l’ère Taisho (1912-1926), et le dernier ensemble correspond aux aménagements extérieurs de l’ancien hôpital de Hatagasako. Le paysage environnant est intégré à la composition des lieux selon le principe du shakkei, où les collines en arrière-plan prolongent visuellement l’espace du jardin. Le site appartenait à la famille Hori, des exploitants de cuivre à Tsuwano dès l’époque d’Edo. Le jardin est aujourd’hui ouvert au public au tarif de 500 yens.
Juste à côté du jardin, on trouve le restaurant Kate 72 recipes, ouvert du jeudi au dimanche, mais fermé en janvier et février. On y sert des plats préparés à partir de produits de saison et un buffet végétarien est également proposé. Le restaurant a surtout la particularité d’être situé dans le bâtiment de l’ancien hôpital de Hatagasako, fondé en 1892 et en activité jusqu’en 1984. Transformé en petit musée local, on peut le visiter avant ou après un bon déjeuner.
Les autres endroits à voir à Tsuwano


En plus des grands sites de Tsuwano, quelques coins un peu plus discrets peuvent aussi se découvrir si l’on reste plusieurs jours. Parmi eux, le sanctuaire Washibara Hachiman-gu, connu pour sa longue allée cavalière utilisée lors des démonstrations de tir à l’arc à cheval (yabusame) au printemps. Il aurait été fondé au Xe siècle et déplacé à son emplacement actuel au XIVe, en lien avec la construction du château. Attention : actuellement, le site est en rénovation pour plusieurs années. Pour prendre un peu de hauteur, le petit belvédère Tsuwano-jo Jokamachi Miharashidai offre quant à lui une vue sur les toits en tuiles rouges de la ville. Enfin, à deux pas du centre, Anno Art Museum est un musée qui rend hommage à l’artiste et auteur de livres pour enfants Anno Mitsumasa, originaire de Tsuwano. Le musée présente de nombreuses œuvres originales inspirées de son enfance dans la ville, avec notamment la reconstitution d’une salle de classe d’école primaire.
Les spécialités de Tsuwano



La ville de Tsuwano se découvre aussi avec les papilles, abritant quelques très bons restaurants et salons de thé qui invitent à ralentir. Voici quelques spécialités du coin et de bonnes adresses pour les goûter :
- Imoni
L’imoni est une soupe traditionnelle originaire du Tohoku, à base de taro et de viande (souvent du bœuf ou du porc), mijotée dans un bouillon sucré-salé. Chaque région a sa variante, et celle de Tsuwano se distingue par l’ajout de daurade grillée, de yuzu et de konbu, pour un goût plus raffiné. On la sert surtout en automne, et vous pouvez la goûter par exemple au restaurant Wataya, une auberge chaleureuse connue pour ses plats régionaux. L’établissement est installé dans une vieille maison, avec une belle ambiance feutrée. - Genjimaki
C’est la douceur emblématique de la ville : un petit gâteau roulé composé d’une pâte génoise légère enroulée autour d’une généreuse garniture à la pâte de haricot rouge. C’est ultra moelleux et fondant, rappelant un bon dorayaki. Le genjimaki se trouve chez plusieurs confiseurs de Tsuwano, mais la maison la plus réputée est la boutique Sanshodo qui perpétue la recette depuis l’époque d’Edo ! - Zaracha
Le zaracha est une infusion préparée à partir de kawaraketsumei, une plante torréfiée de la famille des légumineuses. C’est une boisson sans caféine, très douce, au goût légèrement grillé, et réputée pour ses vertus digestives. L’adresse que je recommande absolument pour y goûter, c’est le salon de thé Komien, installé dans un bâtiment centenaire et tenu par Adrien et Rumi, un couple franco-japonais très sympathique. On y découvre plusieurs infusions accompagnées de pâtisseries maison, dont un excellent cheesecake au zaracha. Le lieu est vraiment chaleureux, et on peut bénéficier des conseils d’Adrien et Rumi pour profiter au mieux de Tsuwano. Ils proposent également une option d’hébergement à prix très attractif et diverses expériences à vivre auprès des locaux. - Sencha
Le sencha est un thé vert incontournable du quotidien au Japon. Contrairement au matcha, réduit en poudre puis battu, le sencha est infusé à partir de feuilles entières. Léger, frais, il accompagne facilement les repas ou les pauses de la journée : une boisson toute simple, mais bien ancrée dans les habitudes japonaises. À Tsuwano, on peut assister à une cérémonie du thé sencha dans la maison Fundoya, lors d’une dégustation guidée par un maître de thé. L’expérience se réserve via le Centre du patrimoine japonais de Tsuwano.
Les festivals et événements à Tsuwano
Tsuwano a beau être une petite ville, son calendrier est bien rempli. Voici quelques rendez-vous à ne pas manquer si vous passez par là au bon moment :
- Début février : Hatsuuma-sai
Le rituel Hatsuuma est une grande procession pour remercier la divinité Inari : des habitants déguisés en renards blancs montent jusqu’au sanctuaire en portant des lanternes. C’est un défilé très visuel, avec une belle atmosphère. - 3 février : Taikodani Inari-jinja Setsubun-sai
Comme partout au Japon, début février résonne au rythme des festivals de Setsubun, la fête de l’arrivée du printemps. À cette occasion, on chasse symboliquement les mauvais esprits en lançant des haricots sur des démons rouges joués par une troupe locale. L’ambiance est familiale, et chacun repart avec des graines porte-bonheur. - Autour du 8 avril : Hana Matsuri
Le dimanche le plus proche du 8 avril, on célèbre la naissance de Bouddha avec le Hana Matsuri. Un éléphant blanc symbolique ouvre la marche, suivi d’enfants en costumes traditionnels. À l’arrivée, les visiteurs versent du thé sucré sur une petite statue pour marquer l’événement. - 1er dimanche d’avril : Washibara Hachiman-gu Taisai
Le yabusame de Tsuwano est organisé chaque printemps dans un cadre exceptionnel : le sanctuaire Washibara Hachimangu, où subsiste l’un des derniers parcours équestres du Japon datant de l’époque de Muromachi (1336-1573). Ce rituel, autrefois très vivant à l’époque d’Edo, avait disparu après l’ère Meiji. Il a été relancé dans les années 1950 par les habitants, puis entièrement restauré dans sa forme traditionnelle en 1976. Aujourd’hui encore, des archers en habits de samurai tirent des flèches à cheval sur trois cibles en bois, le long d’une piste de 250 mètres. La cérémonie se tient chaque premier dimanche d’avril, sous les cerisiers en fleur. - 15 août : Tonomachi Bon Odori
Chaque été pendant O-Bon, la fête des ancêtres, les habitants dansent dans les rues de Tsuwano, vêtus de capes noires et le visage couvert d’un capuchon (zukin). D’après une légende locale, cette danse aurait été inventée comme ruse militaire : des soldats déguisés en danseurs auraient infiltré un château ennemi grâce à ces costumes, avant de le capturer. Depuis, la danse est devenue un rituel d’été transmis de génération en génération. - 15-16 octobre : Taikodani Inari-jinja Reisai
C’est le grand festival d’automne du sanctuaire principal de Tsuwano. Le 15, une cérémonie solennelle a lieu le matin, suivie d’un défilé l’après-midi : un mikoshi est porté en procession dans les rues, accompagné de danses du lion, de musiques traditionnelles et d’un mikoshi pour enfants. Tout le quartier est en fête, avec une belle ambiance populaire. Le 16, une cérémonie plus formelle est célébrée au sanctuaire pour marquer la fin des récoltes. - 3e dimanche d’octobre : Imoni to Jizake no Kai
C’est un événement convivial d’automne autour de l’imoni, le pot-au-feu local à base de taro. À Tsuwano, on installe de grandes marmites en plein air pour le partager avec les visiteurs à la bonne franquette. C’est une belle occasion de rappeler que l’imoni de Tsuwano est considéré comme l’un des trois meilleurs du Japon !
Les lieux à voir autour de Tsuwano


Visiter Tsuwano est aussi une belle occasion de découvrir d’autres coins aux alentours, aussi bien à Shimane que dans la préfecture de Yamaguchi. Voici quelques idées d’excursions qui complèteront idéalement le découverte de Tsuwano :
- Le temple Unrin-ji, surnommé « le temple des chats ». C’est un petit temple niché dans la campagne. Selon une légende, un chat japonais fidèle, mort de chagrin après celle de son maître samurai, aurait hanté les lieux jusqu’à ce qu’une cérémonie lui soit consacrée. Depuis, le temple est devenu un lieu de pèlerinage pour les amoureux des félins. On y trouve des figurines et objets à l’effigie de chats, et même une boîte aux lettres pour les défunts, où chacun peut laisser un message à un être cher disparu. Le lieu, à la fois paisible et insolite, se trouve à environ 30 minutes en voiture depuis Tsuwano.
- La ville historique de Hagi, qui a gardé tout le charme d’une ville féodale, à l’instar de Tsuwano. Ses ruelles bordées de résidences de samurai et de maisons de marchands, ses vieux murs en terre, et ses ateliers de potiers en font un lieu parfait pour une balade dans un Japon d’autrefois et très bien préservé jusqu’à nos jours. La ville, aussi connue pour sa céramique Hagi-yaki, est à environ 1 heure de route depuis Tsuwano.
- Le village historique d’Iwami Ginzan, ancien site minier majeur qui permet de plonger dans le passé industriel du Japon. On peut visiter une galerie souterraine, se promener dans les ruelles calmes et préservées du quartier historique d’Omori, ou encore suivre les sentiers de randonnée autour de la mine. C’est un endroit plein de charme, à environ 2 heures de route de Tsuwano.
J’espère que cette escapade à Tsuwano vous a plu et vous a donné plein d’idées pour découvrir un autre Japon, du côté de la préfecture de Shimane. Pour d’autres idées de destination à visiter dans la région, vous pouvez lire mes autres articles sur Izumo, la ville sacrée de Shimane ou sur les îles Oki : un Japon reculé.









