12 lieux à voir sous la neige au Japon
On l’oublie souvent, mais le Japon est un pays de neige. Chaque hiver, d’importantes chutes transforment les régions montagneuses de l’archipel, au point que des villes comme Aomori, Sapporo ou Toyama comptent parmi les plus enneigées du monde. Avec près de 70% de son territoire couvert de montagnes et de forêts, le contraste est saisissant : tandis que Tokyo, Kyoto ou Osaka n’aperçoivent la neige que rarement, parfois une seule journée par an, d’autres régions vivent sous un épais manteau blanc de décembre à février, avec un pic en plein cœur de l’hiver japonais. Et si le nord concentre naturellement les chutes les plus spectaculaires, la beauté du Japon sous la neige ne se limite pas à Hokkaido ou au Tohoku. Des sites plus centraux, parfois inattendus, révèlent eux aussi des paysages hivernaux remarquables. Une chose est sûre : le Japon sous la neige a ce pouvoir particulier de magnifier aussi bien un temple isolé qu’un simple quartier résidentiel !
Le Japon sous la neige
Même là où elle se fait rare, la neige change tout. En quelques heures, elle recouvre rues et campagnes, ralentit le quotidien et étouffe les sons. Le Japon semble alors fonctionner au ralenti. Les pas crissent sur la neige fraîche, l’air froid pique les joues, et à la nuit tombée, chacun cherche la chaleur d’un intérieur accueillant. Dans les régions habituées aux hivers rigoureux, cette atmosphère fait partie du rythme de vie. Il suffit souvent de s’éloigner de 2 heures de n’importe quelle grande ville pour trouver de la neige et basculer dans un tout autre décor !



Comme les cerisiers au printemps, la neige a ce pouvoir de transformer des lieux ordinaires en scènes mémorables. Les contraintes de la saison deviennent un prétexte à la contemplation. Dans certains jardins japonais, les yukitsuri dessinent des silhouettes coniques élégantes sur fond blanc. Dans les maisons traditionnelles, les yukimi shoji, ces portes coulissantes basses pensées pour admirer la neige, transforment le jardin enneigé en tableau vivant. Temples, sanctuaires et villages se parent aussi de lumières nocturnes, lanternes et éclairages subtils venant souligner la neige sans jamais la dominer. Sous ce manteau blanc, l’architecture et les paysages prennent une dimension presque graphique, rappelant les estampes hivernales où pins et bambous disparaissent sous la poudreuse.
Voyager au Japon en hiver, c’est aussi profiter de plaisirs uniques : les sources chaudes en plein air, la magie des festivals de neige, sans oublier le ski et sa poudreuse parmi les plus réputées au monde. Je vous propose maintenant une sélection de 12 lieux à découvrir au Japon sous la neige !
Le village de Shirakawa-go (préfecture de Gifu)


Les chutes de neige sont souvent abondantes au village de Shirakawa-go et recouvrent rapidement les toits de chaume, les chemins et les rizières, donnant aux lieux une apparence presque monochrome. Malgré son image de carte postale très touristique, Shirakawa-go reste avant tout un lieu de vie : ici, les habitants passent une bonne partie de la saison froide à dégager les accès aux maisons, y compris en période de forte fréquentation touristique. Pour prendre du recul, le point d’observation de Shiroyama, sur la colline voisine, est un incontournable. Il offre une vue d’ensemble très parlante sur le village, notamment en fin de journée, lorsque la lumière décline et que les maisons commencent à s’illuminer.
La beauté des lieux a toutefois un revers : en hiver, l’affluence est importante ! Les routes d’accès peuvent être encombrées et glissantes, et il faut parfois s’armer de patience. Chaque saison froide, des soirées d’illumination sont organisées à dates fixes, sur réservation, tant la demande est forte. Les maisons éclairées de l’intérieur se détachent alors nettement sur la neige, offrant l’une des images hivernales les plus emblématiques du Japon. Pour profiter du site dans de meilleures conditions, l’idéal reste de passer la nuit sur place dans une ferme-auberg, afin de découvrir Shirakawa-go tôt le matin, avant l’arrivée des cars touristiques.
Les villages de Gokayama (préfecture de Toyama)


Non loin de Shirakawa-go, de l’autre côté des montagnes, se trouvent les villages de Gokayama, souvent associés à leur célèbre voisin mais nettement plus intimistes. Les deux hameaux principaux, Ainokura et Suganuma, sont eux aussi classés au patrimoine mondial pour leurs maisons centaines au toit de chaume gassho-zukuri. Ici, l’atmosphère change sensiblement : les habitations sont moins nombreuses, la fréquentation plus discrète, et l’isolement renforce l’impression d’un hiver à part, plus silencieux.
En plein cœur de la saison froide, Gokayama reçoit des chutes de neige particulièrement abondantes, au point que certaines maisons semblent parfois à peine émerger d’un immense manteau blanc. Cette sensation d’enfouissement accentue le caractère paisible et retiré des lieux. Une à deux fois par hiver, des illuminations nocturnes sont organisées dans les villages. Plus confidentielles qu’à Shirakawa-go, elles n’en sont pas moins marquantes : les maisons éclairées se détachent alors sur la neige, offrant un spectacle simple, calme et harmonieux.
Le village d’Ouchi-juku (préfecture de Fukushima)


En hiver, le village d’Ouchi-juku donne l’impression d’avoir été mis sous cloche. Cette ancienne station relais de l’époque d’Edo se résume à une longue rue bordée de maisons aux toits de chaume, parfaitement alignées dans une vallée étroite. Les hivers sont très enneigés et offrent de majestueux paysages immaculés.
Pour prendre de la hauteur, un petit escalier mène au point de vue principal, d’où l’on embrasse tout le village d’un seul regard. Le 2e week-end du mois de février, l’ambiance est à son apogée avec le festival Ouchi-juku Yuki Matsuri : à la nuit tombée, des lanternes de neige éclairées à la bougie sont installées le long de la rue principale, transformant le décor en scène presque irréelle. Distributions de mochi chauds, procession shinto et feu d’artifice final viennent compléter ce moment suspendu, qui donne une vraie raison de venir ici en plein cœur de l’hiver.
Noboribetsu Onsen (préfecture de Hokkaido)

Sur l’île de Hokkaido, Noboribetsu Onsen est l’un des plus célèbres villages thermaux du Japon. Il s’étend au pied de Jigokudani, la fameuse vallée des enfer, un paysage volcanique actif d’où s’échappent en permanence des fumerolles de soufre. En hiver, le contraste est immédiat : la vapeur chaude serpente entre les parois blanchies par la neige, donnant au site une atmosphère presque irréelle. Des passerelles permettent de parcourir la vallée même en saison froide, au milieu de cette brume chaude qui tranche avec l’air glacé.
Après avoir affronté le froid de cet enfer gelé, le changement est radical : le paradis se trouve à quelques pas. Noboribetsu est réputée pour ses onsen aux eaux laiteuses riches en soufre, particulièrement appréciables en hiver. Se glisser dans un rotenburo en plein air, alors que la neige tombe autour du bassin fait clairement partie des expériences hivernales à vivre. La station compte de nombreux hôtels équipés de bains, ce qui permet de profiter pleinement de ce jeu permanent entre froid mordant et eau brûlante.
Okuhida Onsen (préfecture de Gifu)


Au cœur des Alpes japonaises, Okuhida Onsen est un ensemble de villages thermaux isolés, reliés par une route de montagne souvent noyée sous la neige en hiver. Ici, pas de grande station animée, mais 5 hameaux dispersés dans les montagnes : Shin-Hotaka Onsen, Hirayu Onsen, Tochio Onsen, Fukuji Onsen et Shin-Hirayu Onsen. le rythme ralentit dès les premières chutes de neige et offre une belle retraite à 1 heure de route du centre de la ville de Takayama.
L’intérêt principal d’Okuhida en hiver, ce sont ses onsen extérieurs. Beaucoup de rotenburo sont installés au bord des rivières ou face aux sommets environnants. À Shin-Hotaka, certains bassins offrent même une vue directe sur les Alpes du Nord. L’eau naturellement chaude contraste fortement avec l’air glacial. Après le bain, on retrouve l’ambiance feutrée des auberges et une cuisine locale roborative, avec notamment le bœuf de Hida. Pour compléter l’expérience, le téléphérique de Shin-Hotaka reste accessible en hiver et permet de prendre de la hauteur sur toute la vallée enneigée.
Le lac Tazawa (préfecture d’Akita)

Avec 423 mètres de profondeur, le lac Tazawa est connu pour être le plus profond du Japon. Un chiffre difficile à se représenter, mais qui a une conséquence concrète : en raison de cette profondeur, le lac ne gèle jamais complètement, même lors des hivers les plus rigoureux. Au cœur du mois de janvier, alors que les paysages alentour sont figés par le froid, sa surface reste libre et prend une teinte bleu outremer intense, contrastant fortement avec la neige immaculée qui recouvre les collines environnantes.
Sur ses rives, on repère deux éléments emblématiques. D’un côté, la statue dorée de Tatsuko, figure légendaire transformée en dragon pour avoir voulu conserver sa beauté éternelle. De l’autre côté du lac, le torii vermillon du sanctuaire Gozanoishi-jinja offre un joli contraste lorsque la neige recouvre les galets et les pins alentour, tandis que le mont Akita-Komagatake, visible au loin, se pare de blanc. Le jeu de couleurs est alors parfait : le rouge du torii, le blanc de la neige et le bleu profond de l’eau. Une véritable image de carte postale !
Le lac Inawashiro (préfecture de Fukushima)

Quatrième plus grand lac du Japon, le lac Inawashiro est souvent appelé le « miroir du ciel ». Un nom qui prend tout son sens en hiver, lorsqu’un phénomène rare et éphémère se manifeste : les shibuki-gori, des petits monstres de glace. Quand des vents très froids balaient la surface encore non gelée du lac, les vagues projettent des embruns qui viennent aussitôt se figer sur les arbres et les buissons du rivage. Résultat : branches et feuillages se couvrent d’épaisses couches de glace, formant de véritables sculptures naturelles. Aucune ne se ressemble vraiment, leur forme dépendant du vent, de la température et de l’état du lac. Pour avoir une chance de les voir, mieux vaut viser la période la plus froide, généralement entre la fin janvier et la mi-février.
En hiver, le lac Inawashiro devient aussi le refuge de nombreux cygnes migrateurs, souvent considérés localement comme des messagers des divinités. Le plus simple pour les observer, c’est de se balader du côté de la plage Tenjinhama : les sentiers enneigés longent le lac et offrent de très beaux points de vue, surtout les matins froids.
Les glaciers de Misotsuchi (préfecture de Saitama)

Dans la région de Chichibu, à moins de 2 heures de Tokyo, les glaciers de Misotsuchi réservent une surprise hivernale inattendue. Le long de la rivière Arakawa, des cascades de glace se forment chaque hiver lorsque l’eau de source suintant des falaises gèle progressivement. Résultat : un immense rideau de stalactites pouvant atteindre plusieurs mètres de haut, dont la taille varie selon la rigueur du froid.
Le site est en grande partie naturel, sans mise en scène excessive. Revenir à quelques semaines d’intervalle permet souvent de constater l’évolution des formations. En soirée, entre janvier et février, des illuminations nocturnes mettent en valeur la glace et donnent au lieu une atmosphère presque irréelle. Très dépaysant, cet endroit montre à quel point l’hiver peut transformer des paysages ordinaires aux portes de Tokyo.
La ville de Yonago (préfecture de Tottori)

Elle n’est clairement pas une grande destination touristique, mais en hiver, la ville de Yonago est un joli point de chute lorsqu’elle se recouvre de neige. La ville s’étend entre la mer du Japon et le mont Daisen, un volcan endormi de 1729 mètres qui domine toute la région.
Le meilleur point de vue se trouve sur la colline des ruines du château de Yonago, d’où l’on aperçoit à la fois la ville, la mer et la montagne. L’ambiance est très calme, et le quartier de Teramachi, qui abrite des dizaines de temples, se drape d’un beau manteau blanc.
Le temple Daisen-ji (préfecture de Tottori)
Sur les pentes du mont Daisen, le temple Daisen-ji prend une dimension très particulière en hiver. L’accès se fait par une route de montagne, puis par un chemin pavé qui traverse la forêt. Sous la neige, la montée devient plus lente, presque méditative. Le bâtiment principal, avec son toit massif couvert de blanc, dégage une présence forte et austère.
Juste à côté se trouve le sanctuaire Ogamiyama-jinja Okumiya, accessible par un long chemin de pierre bordé de lanternes. En hiver, cet alignement disparaît souvent sous la neige, créant un décor presque irréel. En raison des chutes importantes, il est toutefois fréquemment inaccessible. Une visite magnifique, mais à réserver aux habitués de la neige !
Le sanctuaire Togakushi-jinja (préfecture de Nagano)
À 1 heure de bus de la gare de Nagano, le sanctuaire Togakushi-jinja est l’un des lieux de culte les plus impressionnants à découvrir sous la neige. Le complexe s’étend sur plusieurs niveaux, mais en hiver, on rejoint généralement le sanctuaire intermédiaire avant de poursuivre à pied vers l’Okusha. La marche dure environ 2 kilomètres traverse une forêt silencieuse, où la neige absorbe tous les sons. Le chemin, parfaitement droit, est bordé de cèdres géants dont les troncs sombres contrastent avec la neige épaisse. L’effort reste modéré, mais peut devenir plus physique après de fortes chutes.
L’arrivée à l’Okusha est toujours saisissante : le sanctuaire, niché au pied d’une falaise, apparaît souvent à moitié enseveli, renforçant l’impression d’isolement. Chargé de légendes liées à Amaterasu et au ninjutsu, Togakushi est surtout un lieu où l’hiver accentue le sentiment de recueillement et de retrait du monde.
Le temple Yama-dera (préfecture de Yamagata)
Sous la neige, le temple Yama-dera gagne en sobriété. Accroché à la falaise, il se mérite et s’apprécie toute l’année, mais l’hiver renforce encore le caractère de l’ascension. Plus de 1000 marches de pierre serpentent à travers la forêt, souvent recouvertes de neige tassée ou de glace. La progression est lente, attentive, presque méditative. Les arbres dépouillés laissent apparaître les flancs abrupts de la montagne, striés de blanc et de gris, tandis que quelques toits de pavillons secondaires émergent sous la neige.
Depuis les hauteurs, la vue s’ouvre sur le village de Yamadera, la rivière et les collines du Tohoku couvertes de neige. Une fois au sommet, l’atmosphère est calme et dépouillée. La statue du poète Matsuo Basho, souvent coiffée de blanc en hiver, marque l’arrivée sur l’esplanade. Attention à effectuer la descente avec prudence !
Les autres lieux à voir pour profiter du Japon sous la neige
Vous l’aurez compris, la neige au Japon sait magnifier les lieux les plus variés, et il existe bien d’autres coins merveilleux à découvrir en hiver ! Cette liste de 12 sites n’est qu’un aperçu pour vous donner envie de partir à l’aventure à travers les régions du Japon. Il suffit de voyager dans le Tohoku rural ou dans les Alpes japonaises pour tomber sur des bourgs ordinaires qui, sous la neige, revêtent un charme extraordinaire, avec leurs rizières gelées et leurs sanctuaires de quartier nappés de blanc.
Il y a également les onsen perdus en pleine nature qui offrent une expérience inoubliable sous la neige, ainsi que les nombreux yuki matsuri, les festivals de la neige qui se tiennent essentiellement au mois de février. Le Japon sous la neige réserve un large panel d’expériences à vivre !


J’espère que vous avez apprécié cet article. On ne pense pas toujours au Japon lorsqu’il s’agit de profiter de la neige, et pourtant le pays offre des conditions idéales, que ce soit pour skier sur sa poudreuse réputée ou pour redécouvrir des paysages complètement transformés par l’hiver. Pour prolonger l’expérience hivernale, vous pouvez consulter mes autres articles sur le ski au Japon ou le yukitsuri, la décoration d’hiver des jardins japonais.









